Une page d’histoire

Les premiers habitants

Deux sites archéologiques, l’un situé près de la Baie Missisquoi sur le lac Champlain et l’autre à la jonction des branches nord et sud de la rivière Missisquoi dans le Canton de Potton, nous démontrent que la vallée a été occupée par des habitants il y a de cela deux à trois mille ans. Un plus petit site dans le Canton de Sutton, à proximité de la ligne du Canton de Potton, date de cette période.

 Entre les années 1771 et 1774, John Collins, assistant arpenteur-géomètre pour le gouvernement de la Province Britannique du Canada, explora la région et trouva quelques Indiens de la tribu des Abenakis établis dans cette région.

Les premiers colons loyalistes

Pendant la guerre de l’indépendance américaine, 1776-1783, des soldats de l’armée britannique, sous les ordres du général Reidesel, patrouillaient la campagne entre les rivières Richelieu et Chaudière le long du 45e parallèle. En raison de la guerre perdue par les Britanniques, les loyalistes des États-Unis, qui demeurèrent fidèles au Roi George, eurent le choix de se rétablir dans d’autres colonies britanniques ou de retourner en Angleterre. Les premiers colons quittèrent les États-Unis et arrivèrent dans les Cantons de l’Est, tandis que d’autres familles s’éloignèrent vers le nord, attirés par les terres à bon marché. Entre 1792 et 1800, neuf familles de “squatters” s’établirent dans le Canton de Sutton. Thomas Spencer et Alexander Griggs quittèrent l’État de New York en 1792 pour s’établir entre Sutton et Abercorn. history03En 1795, Joseph Soles de Rhode Island s’établit à Nord Sutton, près de la ligne de Dunham. En 1796, Moses Westover de Massachusetts s’établit à proximité du coin des chemins Mont Écho et Élie et en 1797, William Marsh s’établit à Sutton, connu pendant plusieurs années sous le nom de “Sutton Flats”. Thomas Shepard du New Hampshire s’établit à Abercorn en 1798 et fut le premier à bâtir un moulin à blé dans le Canton de Sutton. Le village près du moulin s’appelait alors Shepard’s Mills jusqu’à l’ouverture du bureau de poste en 1848, puis changea de nom pour devenir “Abercorn”. En 1799, James Miller du Vermont suivit la rivière Missisquoi vers l’est, jusqu’à Glen Sutton. L’année suivante, Theophilus Hastings et Benjamin Burnett, également du Vermont, sont venus au Canada. Cette région était connue pendant plusieurs années sous le nom de Dodges, d’après la taverne située à l’extrémité sud de la rue Bridge. 

En 1861, le nom de Glen Sutton fut suggéré par J.M. Ferres, le premier membre du Parlement du Comté de Brome.

Le Canton de Sutton

En mars 1802, le Canton de Sutton fut établi et 308 terreains de 200 acres chacun furent distribués à 181 personnes. Le Canton s’avérait particulier, car, normalement, un Canton était plutôt accordé à une personne renommée ainsi qu’à ses associés. history04Lors du recensement de 1803, 500 habitants occupaient le Canton de Sutton, dont 101 étaient propriétaires de terres. Ces propriétaires étaient composés de 82 hommes mariés, 15 hommes célibataires et de 4 femmes. En 1832, la population avait augmenté à 825, history04
malgré le froid désastreux de 1816. Au cours de cette année, 6 pouces de neige sont tombés entre les 6 et 8 juin, et il n’y eut aucun mois sans gel au sol. Récoltes perdues, faim et pauvreté s’ensuivirent. Un bon nombre de jeunes gens ont quitté pour s’installer dans l’Ouest Canadien.

Afin de réconcilier les divergences politiques qui avaient causé une rébellion, le Parlement Britannique vota alors l’Acte de l’union, unifiant les districts de l’Ouest du Canada et de l’Est du Canada. Au cours de son premier mandat, la nouvelle assemblée du Canada vota l’Acte des Conseils de Districts permettant la formation de conseils municipaux. Lors de sa première réunion du 21 juillet 1845, le Conseil municipal de Sutton a élu Moses Westover au poste de maire et George C. Dyer secrétaire-trésorier. Dix ans plus tard, le 1er juillet 1855, le Canton fut incorporé. En 1845, le poste de douanes d’Abercorn était ouvert.

Les premiers colons francophones

By ans les années 1840, les bonnes terres se faisaient rares dans les seigneuries de l’Est du Canada et les populations francophones commencèrent à chercher ailleurs des terres plus fertiles. Des colons francophones tels que les Dubé, Gendron, Godue, Lusignan et Métivier arrivèrent donc dans les Cantons de l’Est.history01history02

Le premier maire

Le premier francophone à s’impliquer au niveau politique municipal fut Baptiste Saint-Pierre (connu sous le nom de Battesse Sampier). Il avait été nommé évaluateur et son nom apparaît au premier rôle d’évaluation de Sutton en 1846 et contrôleur en 1858.

Hôtel de ville

Le besoin d’un hôtel de ville devint évident et fut construit par Alden Olmstead, selon les plans de W.M. Dow, au coût de 1 650 $. En 1912, la façade de la bâtisse fut rénovée au coût de 5 000 $ partagé entre la Ville (2 000 $) et le Canton (3 000 $). La façade a été restaurée dans les années 1950 et les dernières rénovations datent de 1993.
Trente-huit hommes de Sutton perdirent leurs vies dans les guerres de 1914 et de 1939. Leurs noms sont inscrits sur une plaque de bronze fixée à l’entrée de l’Hôtel de Ville et l’horloge érigée en 1949 par la “Junior Girls Institute”, commémore leur mémoire.

Une ouverture sur le monde

history05En 1848, Sutton et Abercorn étaient dotés d’un bureau de poste. Une ligne télégraphique était installée entre Abercorn et Knowlton, en passant par Sutton en 1871.

En 1890, Mansonville Utilities installait les premiers téléphones à Sutton et continuait à assurer ce service jusqu’en 1950, année où Bell Canada en fit l’acquisition.

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Ville et Canton

La Ville de Sutton obtient sa charte d’incorporation comme municipalité directement de la Reine Victoria en 1896. Le premier maire était F.A. Olmstead et le conseil nomma C.U.R. Tarte, n.p. secrétaire-trésorier. Les raisons justifiant la séparation d’avec le Canton ne sont pas clairement identifiées dans les procès-verbaux; toutefois, c’est probablement en raison d’une divergence relative à l’installation d’un réseau d’aqueduc dans la ville. Les procès-verbaux d’assemblées révèlent que le conseil adopta une résolution pour l’installation d’un système d’aqueduc lors de l’assemblée de février 1892. Cependant, cette résolution fut annulée lors de l’assemblée suivante sans qu’aucune raison figure dans le procès-verbal.

Le grand feu

history08Le système d’aqueduc n’était toujours pas installé le 15 avril 1898 lorsqu’un incendie détruit le centre de la ville. Les citoyens furent avertis d’évacuer leurs maisons à 3 heures du matin par la cloche de l’Église Méthodiste, maintenant l’Église Unie. La “Sutton Lumber Co,. Mill” située sur la rue Maple était en flammes. Des équipes munies de chaudières arrivèrent à éteindre le feu à même l’eau de la rivière Sutton, située à proximité. Le moulin fut une perte totale. Vers 19 h, la cloche sonne de nouveau. Cette fois-ci, c’était la grange du Dr. Mac Donald située au coin des rues Mountain (maintenant Maple) et Pleasant (emplacement actuel de Le Pleasant Hotel et café ) qui était en feu.

Cette grange était pleine de foin et s’embrasa très rapidement. Le vent dirigea les flammes vers la rue Principale, épargnant de ce fait l’Église Méthodiste et l’église Baptiste, toutes deux situées de l’autre côté des rues Pleasant et Mountain (maintenant Maple). Aujourd’hui, ces églises figurent encore parmi les plus vieux et plus beaux édifices de Sutton. Les deux églises catholiques et anglicanes furent épargnées, celles-ci étant situées au nord et au sud du village de Sutton. Avant que les pompiers de Knowlton, Farnham, St-Jean et Richford (Vermont) aient réussi à éteindre le feu, 35 bâtiments furent consumés dans le centre-ville, incluant l’hôtel et la gare.

 

C’est à la suite de ces événements tragiques que le Règlement 6 fut adopté le 23 mai 1898 par le Conseil municipal de la Ville de Sutton, décrétant la mise sur pied d’un service d’incendie volontaire et l’installation d’un réseau d’aqueduc. En 1938, grâce à l’achat d’un camion-pompe (exposé au Musée d’histoire de Sutton ), le secteur rural de Sutton, qui n’était pas desservi par le réseau d’aqueduc, pu bénéficier des services de protection contre les incendies. Ce fut le début d’une étroite collaboration entre la Ville et le Canton de Sutton pour l’administration et le financement du service d’incendie.

De 1918 à 1928, Le Canton entreprit la construction de plusieurs ponts. Le premier fut construit dans le Village d’Abercorn, le suivant, le pont International, fut érigé au-dessus de la rivière Missisquoi, entre Glen Sutton et East Richford au Vermont. D’autres ponts, qui portent souvent le nom de leur constructeur, furent érigés au-dessus des nombreux ruisseaux du Canton. L’inondation de novembre 1927 emporta 45 ponts dans la Vallée Missisquoi, incluant le pont International. Parmi les multiples inondations subies dans la région, celle de 1927 fut certainement la plus désastreuse. Des articles de journaux révèlent qu’entre 1868 et 1927, des inondations importantes sévirent dans la région à tous les 4 ou 5 ans et la dernière ayant eu lieu en 1998.

La grande dépression

sutton-town-history07Deux événements importants se produisirent en 1929. Au mois de juin, la Ville d’Abercorn fut incorporée en municipalité autonome et ce fut la grande dépression causée par le krach de la Bourse de New York en octobre. Durant les années trente, la croissance était lente et on observa les débuts d’une tendance qui devra avoir un impact déterminant sur la communauté. En effet, la mécanisation des instruments aratoires rendit l’agriculture sur les fermes en montagne plus difficile qu’avec les équipements tirés par des chevaux. Les fermes furent donc mise en vente et souvent achetées par des citadins recherchant une résidence de villégiature ou un endroit tranquille pour leur retraite.

L’arrivée du chemin de fer

La “Southeastern Counties Junction Railroad” atteignit Richford au Vermont en 1871. Grâce aux démarches intensives de Asa Frary, maire de Sutton de l’époque, et à une souscription de 63 000 $ à la compagnie de chemin de fer, le train passait par Sutton plutôt qu’à Dunham. Cette somme importante représentait plus de trois fois les revenus annuels de la Ville. La ligne fut officiellement inaugurée le 31 octobre lors de cérémonies à chaque gare du parcours. 

La venue du train stimula l’expansion économique en facilitant l’exportation des produits agricoles et forestiers de la région et en favorisant l’implantation d’une industrie légère. En 1960, lors de l’ouverture du centre de ski sur les monts Sutton par la famille Boulanger, la région connaîtra de nouveau une telle expansion.

Le centre de ski Mont Sutton

history09L’arrivée de J. H. Boulanger à Sutton fut l’un des événements majeurs des années cinquante. En association avec A. Deslauriers et C. Dionne, il achetait la Sutton Daisy Creamery et fondait “Les Produits Laitiers Sutton”. La famille Boulanger, prévoyante et entreprenante, initia le développement du Mont Sutton pour en faire un centre de ski. C’est en 1960 que débutèrent ces activités, ce qui ouvrit la voie au développement touristique de la région. Le premier de plusieurs développements domiciliaires fut le projet Archimède en 1983. Afin de desservir ce projet et le centre de ski, des réseaux d’aqueduc et d’égout furent construits en 1984. Le système d’égout fur raccordé au système de la Ville et une usine de traitement des eaux usées fut construite par un projet conjoint de la Ville et du Canton. L’usine d’épuration actuelle subit d’importantes transformations pour la rendre plus conforme aux normes environnementales. Tous ces projets ont bénéficié de subventions très généreuses du gouvernement du Québec.